Discrimination à l’embauche

Je ne croyais pas que cela pouvait m’arriver. En tout cas pas ainsi. Autant, travaillant dans les métiers de la finance, je m’attendais à être rejetée à cause de ma couleur, de mon obésité voire… de mon statut de femme, autant là ce motif là m’a assommée.

Je ne suis pas naive, je sais que les décisions de recrutement se font pour beaucoup au faciès ou au physique. D’ailleurs, j’ai passé un entretien l’année dernière dans une Banque Privée, pour un poste d’assistante commerciale. La veille de l’entretien, j’ai fait un cauchemar. Attention c’est du lourd… J’ai rêvé que l’entretien était conduit par… Eric Zemmour. Il était (vaguement) assisté d’une femme d’âge moyen qui devait surement jouer le role du gentil flic face au vilain Eric.

Je me suis réveillée en sursaut : il n’avait cessé de m’attaquer sur mon physique de grosse femme noire en rabâchant à quel point ce profil était inapproprié et absurde pour être en contact avec une clientèle richissime.

Ceci dit, j’avais assez bien conservé mon sang-froid face à ce malotru et réussi à limiter la casse. En repartant j’avais entendu la femme me courir après pour s’excuser de la méchanceté de son acolyte. Elle me glissait alors que c’était une technique visant à mettre volontairement le candidat en danger pour tester ses réactions.

Le matin je me suis levée un peu stressée mais j’avais réussi à me reprendre. J’ai passé un uniforme : robe noire, chaussures noires, collants noirs. Pas de bijoux. J’avais relevé ma volumineuse chevelure frisée en une queue de cheval (beaucoup plus seyante qu’un chignon faut pas non plus pousser).

L’entretien se déroule, pas de grandes difficultés si ce n’est qu’au bout de quelques minutes mon interlocutrice m’annonce que j’avais la chance d’avoir été reçue car nous n’étions que 5 sur une centaine de CV. J’ai commencé à me poser des questions : « est ce qu’elle a vu d’entrée qu’elle ne me recrutera pas ? ». Les premières minutes sont déterminantes.

Nous avançons et c’est à mon tour de poser des questions. Je demande alors le type de personnalité qu’ils recherchent pour ce poste. Elle me répond « des personnes discrètes ». Et là mon cerveau tourne à 100 à l’heure… Discrète dans le sens de la confidentialité des dossiers clients ou discrète… J’ai repensé aux personnes que j’avais croisées en attendant que l’on vienne me chercher en salle d’accueil et j’ai compris que discrète signifiait effacée. Comment voulez vous que je sois effacée ? En dehors de l’aspect physique, ma personnalité plutot vive est difficile à masquer.

Il y a quelques semaines, j’étais en contact avec un cabinet de recrutement spécialisé dans le secteur de la Gestion de Patrimoine. Le consultant m’annonce qu’un de ses clients situé à Aix en Provence a besoin d’un profil tel que le mien et m’organise un rdv. Je vais à Aix, rencontre le chef d’entreprise qui détaille le poste en question qui s’avère coller parfaitement à mon profil. Je suis contente car il me permettrait d’acquérir de nouvelles compétences mais aussi à terme de m’associer à la structure. Vers la fin de l’entretien il me confirme que je corresponds à ses besoins mais qu’il y a 3 petites choses qui le chagrinent. Je réponds sans souci aux deux premières qui étaient somme toute assez simples à régler mais la troisième… je ne l’ai pas vue venir !

« Vous avez 34 ans et pas d’enfant, c’est un risque pour l’entreprise. Nous créons cette structure avec un objectif ambitieux à 5 ans, ça va être 5 années de travail intensif ».

Je n’aime pas dénigrer d’autres situations alors je n’ai pas dit que le profil qu’il cherche se situe dans une tranche d’age de 30/45 ans et qu’à moins de choisir une candidate ménauposée il devra faire face à des possibles congés parentaux, une seconde ou troisième grossesse, à la désorganisation de l’activité à cause des absences pour enfant malade… Et que de toute manière dans une embauche il y a toujours des risques d’accident, de maladie, de démission…

Je ne me suis pas énervée, je lui ai répondu que je n’avais personne dans ma vie et qu’il était difficile de concevoir un enfant seule. Que si demain la question devait se poser et au vu des responsabilités du poste je me voyais mal donner un congé maternité sans m’assurer que les procédures sont en place, qu’une remplacante est recrutée, formée et que de toute manière je ne serais alors jamais vraiment bien loin (oui je sais que la maternité peut changer la vision des choses mais quand même).

Ma candidature a vraiment dû lui causer un cas de conscience car il lui a fallu 1 mois pour se décider. J’ai dû insister auprès du consultant en recrutement afin d’avoir la réponse qui m’était dûe. Je ne suis pas naive j’avais compris le message mais quand même…

Il m’a annoncé que mon profil et mes compétences correspondaient parfaitement au poste mais qu’humainement ça n’était pas passé. Il était gêné et le fait d’avoir dû lui courir après pour que l’on me réponde me conforte dans l’idée que j’ai été discriminée du fait de ma situation familiale. Cette situation je ne l’ai pas choisie, dans mon monde parfait elle serait tout autre simplement les accidents de la vie font qu’on ne fait pas toujours ce qu’on veut. On me fait payer une situation que je subis, qui m’a quasiment détruite. C’est inhumain, irréel, injuste. C’est dégueulasse.

J’ai adressé un email à la Halde (enfin maintenant le Défenseur des Droits) qui m’a répondu 1 mois après de leur envoyer un dossier papier et complet afin qu’ils instruisent ma plainte.

Comment prouver cette discrimination ? Cela me parait peine perdue d’autant plus que le recrutement est maintenant surement fermé et qu’hormis le testing je ne vois pas trop comment confirmer ce que j’avance.

De plus, ce secteur d’activité est tout petit et je vais me retrouver grillée vis à vis d’autres employeurs potentiels. Dans le meilleur de cas, je trouverai du boulot mais il pourrait être un futur client ou partenaire et cela risque de gêner nos relations.

J’en reste là mais il ne l’emportera pas au Paradis, qu’il brule en Enfer.

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20 réflexions sur “Discrimination à l’embauche

  1. je pense que tu fais bien de laisser tombe,pas que ca ne soit pas grave ect…mais si ca te grille ensuite et puis comme tu dis comment prouve que…

    se qui arrive a bcp d autres personnes a part filmer comment faire…

    en tout cas je suis desolee pour toi,surtout que comme tu dis,la personne prise pourra tres bien faire un dernier a plus de 40 ans ou developpee (se que je ne souhaite a personne !) une maladie grave ou que s ais je soit,on est jamais sur de rien,alors ne pas prendre pour ca c est vraiment d une nullitee !

    Dis toi que si tu avais ete prise tu aurais du travaillee avec des gens d une telle mentalite…c est p etre un bien apres tout ;O(

    • merci Audrey… effectivement sous ses airs tout gentils je suis finalement contente de ne pas avoir à travailler avec lui…

      bisous !

  2. quelle honte! discrimination contre les femmes comme si un homme ne pouvait pas se retrouver en arrêt longue durée.
    prends ce rejet comme un tremplin pour trouver mieux . Ces personnes, et par conséquent leur société aussi, ne sont pas des gens intéressants .

  3. Et oui, la trentaine passée j’ai également ressenti cet argument lors de mes entretiens, sauf que c’était des postes moins importants à pourvoir.Combien de fois on m’a « sympathiquement » posé la question des enfants ! J’ai été finalement prise dans une boîte où toute mon équipe était composée d’hommes jeunes et sans enfants, à part le boss (mais qui ne vivait pas avec ses gosses …), et on m’a fait ressentir que c’était une « fleur » qu’on me faisait.

  4. C’est assez grâve et dommage ce qui t’ai arrivé. J’espère que tu trouveras un autre boulot plus important et que les autres points qui te chagrinent changent

  5. Wow! Et le pire c’est que si tu avais déclaré avoir des enfants ça aurait AUSSI posé problème je parie, non?

    Et tu as bien fait de contacter la halde. Faut qu’on arrête de se laisser faire.
    Non mais sérieux rater un boulot car on a pas d’enfant…C’est gerbant, je suis sur le cul vraiment…

  6. Je recherche aussi un job !
    Dernier entretien, on m’a souligné la difficulté d’embaucher une jeune maman pour un recruteur : enfant malade, souci de garde, envie du 2e…
    Alors quand on a dépassé le cap des 30 ans sans enfant, ça les intrigue (homo ou pas homo, bientôt en cloque ou non…) Quand on a le fameux enfant, ils flippent aussi (le deuxième va pas tarder, quelle organisation, comment être à fond dans son job quand le petit a 39°)…

    On rajoute à ça, des diplômes qui font peur, des expériences qui donnent un air fadasse à tous les postes à pourvoir en ce moment, une personnalité charismatique, et voilà, on explose une fois de plus les demandeurs d’emploi en mai !

    Rhaaaaa

  7. Je prospecte et comme toi on m’a déjà fait comprendre que je voudrais des enfants un jour et que cela désorganiserait l’entreprise… Impossible de prouver la discrimination.
    Comme si quand t’es une femme et que t’as plus de 30 ans t’es une future pondeuse qui va aller de congé mater en congé parental pfff

  8. La discrimination envers les femmes est bel et bien réelle… Il m’est arrivé la même chose que toi, il y a longtemps… Et comme toi, je me suis sentie obligée de me justifier : « Vous voulez des enfants? » « Euh, non, pas maintenant, ce n’est pas dans mes projets de l’année… », ai-je bafouillé… et quand je suis tombée enceinte, six mois plus tard, j’ai eu à faire face à du harcèlement moral… Après coup, je me dis qu’il vaut mieux ne pas travailler pour de tels salopards! Tu vaux mieux que ça!

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